Quelle est la différence entre sport et entraînement ? Non. Le sport est une activité que l’on pratique pour elle-même, pour le jeu, le plaisir ou la compétition, alors que l’entraînement est une méthode que l’on organise en vue d’un résultat précis. Si ton objectif est de rester en bonne santé et capable le plus longtemps possible, l’un ne remplace généralement pas l’autre. La suite de cet article explique pourquoi, et ce que cela change concrètement dans ta semaine.
L’Organisation mondiale de la santé classe le manque d’activité physique au quatrième rang des facteurs de risque de mortalité dans le monde. En France, selon l’Anses, nous passons en moyenne sept heures par jour assis, et plus d’un adulte sur trois dépasse les huit heures. Le besoin de bouger n’a donc jamais été aussi fort, et la réponse paraît évidente : il faut faire du sport.
Reste à savoir lequel. En plus de vingt ans de métier, l’une des questions que l’on m’a le plus souvent posées est celle-ci : « Quel est le sport le plus efficace ? » La question est légitime. Cependant, elle arrive trop tôt, car il faut d’abord savoir efficace pour quoi, et si le simple fait de bouger suffit. Pour y répondre, il convient de commencer par le mot lui-même.
Sommaire
1. « Sport » voulait dire amusement
Le mot vient de l’ancien français desport : au Moyen Âge, « se desporter » signifiait se divertir. Il traverse la Manche, les Anglais le raccourcissent en sport, puis il revient en France au XIXe siècle avec les courses de chevaux, l’aviron et les jeux de ballon. À l’origine, le sport est donc un amusement, et personne ne lui demande de rendre plus fort ou de faire vivre plus longtemps.
Par la suite, le mot s’est chargé d’autres missions. Il a servi à préparer des soldats : en France, l’École de Joinville forme à partir de 1852 les instructeurs de gymnastique de l’armée. Il a également servi à éduquer, puisque les collèges anglais utilisaient les jeux collectifs pour former le caractère de leurs élèves, modèle que Pierre de Coubertin a voulu importer. Avec les Jeux olympiques de 1896 sont arrivés les records, les classements et les fédérations. Enfin, le sport est devenu un instrument politique, un spectacle que l’on regarde autant qu’on le pratique, et un lieu d’appartenance à travers le club.
Par conséquent, un seul mot désigne aujourd’hui une partie de pétanque, une finale olympique, un footing du dimanche et un match à la télévision. Personne n’aurait pourtant l’idée de préparer une finale olympique en jouant aux boules. Il faut d’ailleurs noter que, dans cette histoire, la santé de celui qui pratique est rarement l’objectif premier : elle relevait plutôt d’une autre tradition, celle de la gymnastique et de la culture physique.
2. Ce qu’on demande au sport aujourd’hui
Lorsque quelqu’un me dit « il faut que je me remette au sport », il a généralement une ou plusieurs de ces quatre attentes en tête.
La première est de se défouler : évacuer la pression du travail, couper avec les écrans, se vider la tête. C’est l’héritage direct du desport. La deuxième est de perdre du poids ou de changer de silhouette ; le sport devient alors un moyen de dépenser de l’énergie, que l’on juge au nombre de calories affiché sur la montre. La troisième est d’entretenir sa condition physique pour rester en bonne santé, bien vieillir et garder son autonomie. Cette attente est la plus récente, et c’est elle qui pose problème, car on demande à une activité née pour amuser de produire un résultat physique précis, sur plusieurs décennies.
La quatrième est apparue avec les réseaux sociaux : se montrer. Le dossard est devenu un marqueur de statut. Marathon, trail, triathlon, HYROX : on s’inscrit pour le défi, mais aussi pour la photo d’arrivée, la médaille et la trace partagée le soir même. Il n’y a rien de honteux à cela. Un objectif daté et un peu de reconnaissance sont d’excellents moteurs, et je prépare d’ailleurs moi-même des adhérents à ces épreuves.

Ces quatre attentes sont légitimes. En revanche, elles n’obéissent pas à la même logique, et c’est en les mélangeant que l’on se trompe : une séance qui défoule ne fait pas forcément progresser, de même qu’une course préparée pour être affichée ne construit pas toujours un corps qui dure.
3. « Quel est le meilleur sport ? » : une question de contexte
Le meilleur sport pour quoi ? Pour l’esthétique, on te parlera de musculation et d’alimentation. Pour la performance, tout dépend de l’épreuve, car un marathonien et un rugbyman ne se préparent pas de la même façon. Pour le plaisir, le meilleur sport est celui que tu aimes assez pour y retourner. Quant à la santé et à la longévité, il faut encore préciser ce que l’on cherche à préserver.
C’est face à ce dernier objectif que toutes les activités ne se valent pas. La raison tient à ce que les entraîneurs appellent le principe de spécificité (le corps s’adapte à la contrainte qu’on lui impose, et à peu de choses d’autre). Épictète le disait à sa façon : si tu veux être coureur, cours.
Ainsi, la course à pied développe le cœur et l’endurance des jambes, mais elle fait peu pour la force et presque rien pour le haut du corps. Le yoga améliore la mobilité et l’équilibre ; en revanche, il sollicite peu le système cardiovasculaire. Le tennis fait courir, changer de direction et frapper, mais il charge surtout un côté du corps et son intensité dépend beaucoup de l’adversaire. Bien évidemment, je simplifie, car tout dépend de la manière dont on pratique. Ceci dit, le constat reste valable : chacun de ces sports fait bien ce pour quoi il est fait, et aucun n’a été conçu pour couvrir tout ce dont un corps a besoin pour rester capable pendant quarante ans.
Chercher le meilleur sport ne mène donc nulle part. Il vaut mieux raisonner autrement.
4. La différence entre sport et entraînement : une question de méthode
Il ne faut pas confondre activité physique, sport et entraînement. La distinction a été posée dès 1985 par Caspersen et ses collègues : l’activité physique désigne tout mouvement du corps qui dépense de l’énergie (marcher, jardiner, monter un escalier), alors que l’exercice, autrement dit l’entraînement, en est une partie planifiée, structurée et répétée, dont le but est d’améliorer ou de maintenir une capacité physique.
En d’autres termes, le sport part d’une activité (je joue au football, je cours, je nage), alors que l’entraînement part d’un objectif. Le raisonnement est toujours le même :
- Quel est mon objectif ?
- Quelles capacités dois-je développer pour l’atteindre ?
- Quelles contraintes dois-je imposer à mon corps pour développer ces capacités ?
- Comment est-ce que j’augmente ces contraintes dans le temps ?
- Comment est-ce que je mesure que cela fonctionne ?
La discipline n’arrive qu’à la fin, comme un outil : on peut s’entraîner avec une barre, un rameur, une paire de baskets ou le poids de son corps. C’est pourquoi les cinq situations que l’on range sous le mot « sport » n’ont pas la même logique.
| Situation | Ce qu’on cherche | Ce qui guide la pratique |
|---|---|---|
| Activité physique | Bouger au quotidien | Les occasions de la journée |
| Sport de loisir | Le plaisir, le jeu, le lien | L’envie |
| Sport de compétition | Gagner, se classer | Les règles de la discipline |
| Entraînement pour la performance | Être meilleur dans son sport | Les exigences de l’épreuve |
| Entraînement pour la santé | Rester capable longtemps | Les capacités à préserver |
J’ai été préparateur physique pendant une dizaine d’années avant d’ouvrir Gavroche, et aucun des sportifs que j’ai accompagnés ne se contentait de pratiquer son sport. Il est vrai qu’un rugbyman progresse en jouant au rugby. Cependant, ce n’est pas sur le terrain qu’il construit l’essentiel de sa force : il la construit en salle, avec un programme, puis il l’utilise en match. Si des professionnels ont besoin d’un entraînement en plus de leur sport, on voit mal pourquoi il en irait autrement pour toi.

5. Ce que la confusion coûte
Prenons un profil que je rencontre très souvent : 45 ans, tennis le dimanche, footing deux fois par semaine depuis des années. Il fait donc du sport, et régulièrement. Pourtant, il se bloque le dos en soulevant une valise et il a pris quelques kilos en cinq ans.
Cette confusion lui coûte de deux manières. D’une part, sa semaine a des angles morts : elle développe son endurance et laisse sa force de côté. Or les recommandations de l’OMS (2020) pour les adultes ne se limitent pas à l’endurance. En plus des 150 à 300 minutes hebdomadaires d’activité d’intensité modérée, elles demandent du renforcement musculaire sollicitant les principaux groupes musculaires au moins deux jours par semaine.
D’autre part, il stagne. Il court le même parcours à la même allure depuis trois ans ; son corps s’y est adapté depuis longtemps et n’a plus de raison de changer. C’est le principe de la surcharge progressive (pour continuer à s’adapter, le corps doit recevoir une contrainte qui augmente peu à peu) : sans elle, il n’y a généralement pas de progrès.
Le plus trompeur est qu’il a le sentiment d’être couvert, puisqu’il fait ce qu’on lui a dit de faire : du sport.

6. Garde ton sport, ajoute un entraînement
La solution n’est pas d’arrêter le tennis, la course ou le yoga. Ton sport t’apporte du plaisir, des amis et une raison de sortir de chez toi, et tout cela compte pour ta santé. Il lui manque simplement ce pour quoi il n’a pas été conçu.
La bonne question n’est donc plus « quel sport dois-je faire ? », mais « quelles capacités ma semaine développe-t-elle réellement ? ». Pour un objectif de santé et de longévité, elle doit couvrir au minimum la force (porter, pousser, se relever), l’endurance cardiovasculaire (le cœur, le souffle, la récupération) et la mobilité (bouger sans restriction).
Regarde ta semaine avec cette grille. Si tu cours trois fois, tu as l’endurance et il te manque probablement la force. Si tu fais de la musculation seul en salle, tu as peut-être la force, mais pas le cardio. Si tu ne fais que du yoga, il te manque les deux premières.
Selon mon expérience de coach, deux à trois séances d’entraînement structuré par semaine suffisent généralement, pour un adulte actif, à combler ces manques. Je le présente comme un constat de terrain, fait sur plus de vingt ans, et non comme une statistique. Le sport que tu aimes vient s’ajouter par-dessus, et tu le pratiqueras d’ailleurs probablement mieux et plus longtemps.
8. Chez Gavroche, on s’entraîne. On ne fait pas du sport.
Lorsque j’ai ouvert la salle de sport Gavroche à Boulogne-Billancourt en 2015, mon objectif était de rendre accessible au plus grand nombre ce que j’avais fait jusque-là avec des sportifs : de la préparation physique, c’est-à-dire un programme qui part des capacités à développer et non d’une discipline à pratiquer. C’est pourquoi nous disons que chez Gavroche on s’entraîne, et qu’on ne fait pas du sport.
Notre entraînement répond à un contexte précis : améliorer le quotidien de personnes qui ne disposent pas de plus de deux ou trois créneaux par semaine pour s’entraîner. Ce cadre nous oblige bien évidemment à faire quelques compromis. C’est pourquoi nous nous concentrons sur les exercices essentiels, afin d’optimiser le temps disponible et de maximiser le développement de la condition physique.
Il te reste à analyser ton propre entraînement a: que développe-t-il, que laisse-t-il de côté, et surtout te permet-il d’atteindre réellement les objectifs de bien-être et de santé que tu t’es fixés ?
Sources (4)
- Lignes directrices sur l'activité physique et la sédentarité, 2020.
- Bureau régional de la Méditerranée orientale - Activité physique.
- Marcher 5 minutes toutes les 30 minutes pour préserver sa santé.
- « Physical activity, exercise, and physical fitness: definitions and distinctions for health-related research » in Public Health Reports, 1985.